
Le fonctionnement psychique humain est complexe et ne peut être réduit à une seule approche de compréhension.
Les neurosciences et la psychanalyse explorent, chacune à leur manière, différentes dimensions du vécu humain : les émotions, la mémoire, le corps, les réactions automatiques, la pensée, les relations ou encore les expériences passées.
Longtemps présentées comme opposées, ces approches peuvent aujourd’hui être articulées afin d’apporter un éclairage plus nuancé sur certaines difficultés psychiques et relationnelles.


Comprendre le fonctionnement psychique : regards croisés entre neurosciences et psychanalyse

Corps, émotions et système nerveux
Certaines expériences peuvent avoir un impact durable, non seulement en raison de ce qui a été vécu, mais aussi parce qu’elles n’ont pas pu être psychiquement intégrées au moment où elles se sont produites.
Lorsqu’un événement est vécu comme trop intense, trop soudain ou trop insécurisant, la personne peut se retrouver dans un état de débordement émotionnel qui dépasse ses capacités de compréhension et d’élaboration sur le moment.
Dans ces situations, il peut devenir difficile :
de mettre des mots sur ce qui est vécu
de relier les émotions à l’expérience
ou de donner du sens à ce qui se passe intérieurement
Certaines réactions peuvent alors rester inscrites de manière plus automatique dans le fonctionnement émotionnel, corporel ou relationnel.
Cela peut expliquer pourquoi certaines personnes ont parfois le sentiment de :
“savoir” intellectuellement que le danger est passé
tout en continuant à ressentir de l’anxiété, de l’insécurité ou des réactions émotionnelles intenses
Le décalage entre la compréhension rationnelle et les réactions émotionnelles peut être source d’incompréhension, de culpabilité ou de perte de repères.
Quand l’expérience déborde les capacités d’intégration
Le corps et le système nerveux réagissent en permanence à l’environnement, avant même que certaines expériences puissent être pensées, comprises ou mises en mots.
Face à une situation perçue comme menaçante, insécurisante ou émotionnellement trop intense, l’organisme peut mobiliser différentes réactions automatiques de protection. Ces réactions ne relèvent pas d’un choix conscient ; elles correspondent à des mécanismes d’adaptation destinés à préserver l’intégrité psychique et physique de la personne.
Certaines approches issues des neurosciences, comme la Théorie polyvagale*, ont mis en évidence l’importance du système nerveux autonome (SNA) dans la manière dont l’être humain perçoit la sécurité, le danger ou l’insécurité relationnelle.


L’expérience peut alors rester inscrite sous une forme plus brute, appelée mémoire traumatique. Le corps et le système nerveux continuent alors à réagir comme si le danger était toujours présent, même en l’absence de menace immédiate.
Cela peut se manifester par :
un état d’hypervigilance
des réactions émotionnelles intenses
une sensation d’insécurité persistante
des difficultés à apaiser les émotions ou les pensées
ou au contraire des formes de retrait, de figement ou de coupure émotionnelle
Ces réactions ne traduisent pas un manque de volonté ou de contrôle. Elles correspondent à des modes d’adaptation qui ont permis à la personne de faire face à certaines expériences et surtout de se protéger.
Lorsque certaines expériences dépassent les capacités de la personne à comprendre, mettre en sens et intégrer émotionnellement ce qu’elle est en train de vivre, le cerveau peut ne pas parvenir à apaiser la réaction émotionnelle déclenchée par l’événement.
Cela peut notamment se produire :
lorsque la personne ne dispose pas encore des ressources psychiques suffisantes pour élaborer ce qui se passe, comme chez l’enfant
lorsque l’événement survient de manière soudaine, imprévisible ou particulièrement intense
ou lorsque la situation est vécue comme débordante ou insécurisante
L’expérience peut alors rester inscrite sous une forme plus brute, appelée mémoire traumatique. Le corps et le système nerveux continuent alors à réagir comme si le danger était toujours présent, même en l’absence de menace immédiate.
Certaines approches issues des neurosciences ont montré que les expériences émotionnellement débordantes peuvent continuer à influencer :
les réactions du système nerveux
les émotions
les capacités de régulation
et la manière d’entrer en relation avec les autres
La psychanalyse contemporaine s’intéresse également à la manière dont certaines expériences peuvent rester actives dans le fonctionnement psychique lorsqu’elles n’ont pas pu être élaborées, pensées ou représentées.
Le travail proposé ne repose pas uniquement sur une compréhension intellectuelle des difficultés. La relation, les expériences émotionnelles vécues dans un cadre suffisamment stable et sécurisant, ainsi que le travail de mise en sens, participent progressivement à de nouvelles formes d’intégration psychique et émotionnelle.
Certaines recherches en neurosciences ont d’ailleurs mis en évidence que les expériences relationnelles et émotionnelles peuvent influencer durablement les modes de fonctionnement du cerveau et du système nerveux tout au long de la vie.
Le travail proposé vise alors progressivement à permettre :
une mise en sens de ces expériences
une meilleure compréhension des réactions qu’elles peuvent entraîner
une transformation plus apaisée des modes de fonctionnement qui se sont construits au fil de l’histoire
et une intégration plus stable dans le vécu de la personne




Certaines expériences ne disparaissent pas nécessairement une fois l’événement passé. Lorsqu’elles n’ont pas pu être suffisamment élaborées ou intégrées, elles peuvent continuer à influencer le fonctionnement psychique de manière plus discrète ou indirecte.
Cela peut se manifester par :
des répétitions relationnelles
des réactions émotionnelles qui semblent disproportionnées
certaines peurs persistantes
des blocages difficiles à comprendre
ou une tendance à revivre des situations similaires malgré soi
La psychanalyse s’intéresse depuis longtemps à la manière dont certaines expériences, émotions ou conflits peuvent rester actifs dans le fonctionnement psychique, parfois en dehors du champ de la conscience.
Les neurosciences, de leur côté, ont également mis en évidence l’existence de formes de mémoires implicites ou émotionnelles, capables d’influencer les réactions, les émotions et les comportements sans que la personne en ait toujours pleinement conscience.
Ces approches, bien qu’ayant des modèles théoriques différents, se rejoignent sur l’idée que certaines expériences continuent à agir bien au-delà de l’événement lui-même.
Le fonctionnement inconscient ne désigne pas uniquement des contenus “cachés”, mais aussi des manières de ressentir, de réagir, d’anticiper ou d’entrer en relation qui se sont progressivement construites au fil de l’histoire de la personne.
Certaines réactions peuvent alors devenir automatiques :
éviter certaines situations
se méfier du lien
rechercher inconsciemment des fonctionnements familiers
ou reproduire certaines positions relationnelles déjà vécues
Ces mécanismes ne sont généralement pas volontaires. Ils correspondent souvent à des modes d’adaptation psychiques et relationnels construits au fil des expériences.
Le travail proposé permet progressivement :
d’identifier ces répétitions
de comprendre ce qui se rejoue dans certaines situations
de mettre en lien les émotions, les expériences passées et le fonctionnement actuel
et d’ouvrir progressivement la possibilité de nouveaux positionnements psychiques et relationnels.
Mémoire, répétitions et fonctionnement inconscient

La relation et son impact sur le fonctionnement psychique
L’être humain se construit et se développe dans la relation. Les premières expériences relationnelles participent progressivement à la manière dont la personne perçoit :
la sécurité
les émotions
les autres
et elle-même
Lorsque certaines relations ont été marquées par l’insécurité, l’imprévisibilité, la violence, le rejet ou l’absence de repères suffisamment stables, cela peut impacter durablement le fonctionnement émotionnel, relationnel et psychique.
Certaines personnes peuvent alors développer :
une difficulté à faire confiance
une peur du rejet ou de l’abandon
un besoin important de contrôle ou d’anticipation
une hypervigilance dans les relations
ou au contraire des formes de retrait et de protection émotionnelle
Les recherches contemporaines, notamment dans le champ de l’attachement, des neurosciences affectives et de la régulation émotionnelle, montrent que les expériences relationnelles influencent le développement du système nerveux, les capacités d’apaisement émotionnel et les modes de fonctionnement psychique.
La relation ne constitue donc pas uniquement un contexte autour du travail proposé ; elle participe pleinement aux processus de compréhension, d’intégration et de transformation psychique.
Dans une approche de psychothérapie relationnelle, la relation permet progressivement :
d’observer certains modes de fonctionnement relationnels
de repérer ce qui se rejoue dans le lien
de mieux comprendre certaines réactions émotionnelles ou défensives
de développer de nouveaux repères relationnels et émotionnels
Ce travail ne repose pas sur une relation personnelle au sens habituel, mais sur un cadre stable, contenant et pensé pour permettre l’exploration de ce qui se joue dans le rapport à soi et aux autres.
Certaines recherches montrent également que des expériences relationnelles suffisamment sécurisantes et ajustées peuvent favoriser une évolution des capacités de régulation émotionnelle, des réactions du système nerveux et de certains modes de fonctionnement construits au fil de l’histoire.
Psychanalyse contemporaine et compréhension du fonctionnement humain
La psychanalyse contemporaine ne se limite pas à une lecture figée ou uniquement centrée sur l’interprétation des symptômes. Elle s’intéresse à la complexité du fonctionnement humain dans ses dimensions :
psychiques
émotionnelles
relationnelles
corporelles
et inconscientes
Elle prend en compte la manière dont les expériences vécues, les relations, les émotions et l’histoire de la personne participent à la construction du fonctionnement psychique.
Les approches contemporaines ont également intégré l’importance :
du lien relationnel
des interactions précoces
de la régulation émotionnelle
du sentiment de sécurité
et des expériences corporelles et émotionnelles dans le développement psychique
La psychanalyse ne s’oppose donc pas nécessairement aux connaissances issues des neurosciences. Ces approches n’utilisent pas les mêmes modèles ni le même langage, mais elles peuvent parfois se rejoindre dans la compréhension de certains mécanismes humains.
Les neurosciences permettent notamment d’observer certains processus liés :
aux émotions
à la mémoire
aux réactions du système nerveux
ou encore à la plasticité cérébrale
La psychanalyse, quant à elle, s’intéresse davantage à :
l’expérience subjective
le vécu émotionnel
les conflits internes
les répétitions
le sens donné aux expériences
et la manière dont la personne construit son rapport à elle-même et aux autres
Ces approches offrent ainsi des éclairages complémentaires sur le fonctionnement psychique, sans réduire l’être humain à un simple fonctionnement biologique, comportemental ou intellectuel.
Dans cette perspective, les difficultés psychiques ne sont pas envisagées uniquement comme des symptômes à faire disparaître, mais comme l’expression d’une histoire, d’expériences vécues, de mécanismes d’adaptation et de fonctionnements qui ont progressivement pris sens dans le parcours de la personne.


Un travail de mise en sens et de transformation
Le travail proposé ne consiste pas uniquement à comprendre intellectuellement certaines difficultés, ni à faire disparaître rapidement des symptômes ou des réactions émotionnelles.
Il vise progressivement à permettre une mise en sens des expériences vécues, des émotions, des répétitions et des modes de fonctionnement qui se sont construits au fil de l’histoire de la personne.
Ce processus passe notamment par :
la parole
la relation
l’élaboration psychique
la compréhension des émotions
l’exploration de certains mécanismes inconscients
et l’identification de ce qui se rejoue dans le présent
Au fil du travail, certaines expériences peuvent progressivement devenir :
plus pensables
plus représentables
moins envahissantes émotionnellement
et davantage intégrées dans l’histoire de la personne
La relation, lorsqu’elle s’inscrit dans un cadre suffisamment stable et sécurisant, peut également permettre l’émergence de nouvelles expériences émotionnelles et relationnelles.
Ces expériences participent progressivement à une évolution :
des capacités de régulation émotionnelle
du sentiment de sécurité intérieure
des modes de réaction
et de certains fonctionnements psychiques et relationnels construits au fil du temps
Ce travail ne suit pas une évolution linéaire ou standardisée. Il respecte la singularité, le rythme et les capacités d’élaboration propres à chaque personne.
L’objectif n’est pas de modifier ce que la personne est, mais de lui permettre de mieux comprendre son fonctionnement, de retrouver davantage de liberté intérieure et de développer des repères plus stables dans son rapport à elle-même, aux autres et au monde.
Comprendre sans réduire
Le fonctionnement humain ne peut être expliqué par une seule lecture du psychisme, du cerveau ou des émotions.
Les neurosciences et la psychanalyse proposent des approches différentes, mais complémentaires, pour comprendre la manière dont les expériences vécues influencent :
les émotions
le corps
les relations
la pensée
et le fonctionnement psychique dans son ensemble
Les neurosciences permettent notamment d’observer certains mécanismes liés au système nerveux, aux émotions, à la mémoire ou à la plasticité cérébrale. La psychanalyse, quant à elle, s’intéresse davantage à l’expérience subjective, au vécu émotionnel, à l’inconscient, aux répétitions et à la manière dont chacun construit son rapport à lui-même et aux autres.
Ces approches rappellent toutes deux que les difficultés psychiques ne relèvent ni d’un manque de volonté, ni d’un simple défaut de raisonnement. Elles s’inscrivent souvent dans une histoire, des expériences relationnelles, émotionnelles et corporelles qui ont progressivement façonné certains modes de fonctionnement.
Comprendre ces mécanismes permet parfois de porter un regard plus nuancé et plus apaisé sur soi-même, ses réactions et son parcours.
Références
Neurosciences, émotions et système nerveux
Stephen Porges (psychologue et neuroscientifique) — travaux sur le système nerveux autonome et la sécurité relationnelle
Antonio Damasio (neurologue et neuroscientifique) — travaux sur les émotions, le corps et la conscience
Bessel van der Kolk (psychiatre, chercheur et enseignant) — recherches sur le traumatisme et ses impacts psychiques et corporels
Joseph LeDoux (neuroscientifique) — recherches sur les émotions et les réactions de peur
Attachement, relation et développement psychique
John Bowlby (psychologue, psychiatre et psychanalyste) — théorie de l’attachement et développement relationnel
Daniel Siegel (psychiatre et professeur) — travaux sur l’intégration, les relations et le développement du cerveau
Allan Schore (psychologue clinicien, neurobiologiste et psychanalyste) — recherches sur les interactions précoces et la régulation affective
Psychanalyse contemporaine et articulation avec les neurosciences
François Ansermet (psychiatre, psychanalyste et professeur honoraire) & Pierre Magistretti (médecin, neurobiologiste et professeur) — travaux sur la plasticité cérébrale et le fonctionnement psychique
Lionel Naccache (neurologue, chercheur) — recherches sur la conscience, l’inconscient et les neurosciences cognitives
Mark Solms (neuropsychologue et psychanalyste) — articulation entre neurosciences et psychanalyse
Relation thérapeutique et psychothérapie relationnelle
Irvin Yalom (psychiatre, psychothérapeute) — travaux sur la relation dans l’accompagnement psychique
Carl Rogers (psychologue) — importance du cadre relationnel et de l’écoute
Daniel Stern (psychiatre et psychanalyste) — recherches sur les interactions précoces et la construction du psychisme




Pour aller plus loin :
Les repères, les outils et la façon dont je travaille
Modalités, rythme et conditions
Parcours professionnel
Prise de rendez-vous en ligne


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