Le fonctionnement psychique humain est complexe et ne peut être réduit à une seule approche de compréhension.

Les neurosciences et la psychanalyse explorent, chacune à leur manière, différentes dimensions du vécu humain : les émotions, la mémoire, le corps, les réactions automatiques, la pensée, les relations ou encore les expériences passées.

Longtemps présentées comme opposées, ces approches peuvent aujourd’hui être articulées afin d’apporter un éclairage plus nuancé sur certaines difficultés psychiques et relationnelles.

logo Céline Naud psychanalyste
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Comprendre le fonctionnement psychique : regards croisés entre neurosciences et psychanalyse

psychanalyse

Corps, émotions et système nerveux

Certaines expériences peuvent avoir un impact durable, non seulement en raison de ce qui a été vécu, mais aussi parce qu’elles n’ont pas pu être psychiquement intégrées au moment où elles se sont produites.

Lorsqu’un événement est vécu comme trop intense, trop soudain ou trop insécurisant, la personne peut se retrouver dans un état de débordement émotionnel qui dépasse ses capacités de compréhension et d’élaboration sur le moment.

Dans ces situations, il peut devenir difficile :

  • de mettre des mots sur ce qui est vécu

  • de relier les émotions à l’expérience

  • ou de donner du sens à ce qui se passe intérieurement

Certaines réactions peuvent alors rester inscrites de manière plus automatique dans le fonctionnement émotionnel, corporel ou relationnel.

Cela peut expliquer pourquoi certaines personnes ont parfois le sentiment de :

  • “savoir” intellectuellement que le danger est passé

  • tout en continuant à ressentir de l’anxiété, de l’insécurité ou des réactions émotionnelles intenses

Le décalage entre la compréhension rationnelle et les réactions émotionnelles peut être source d’incompréhension, de culpabilité ou de perte de repères.

Quand l’expérience déborde les capacités d’intégration

Le corps et le système nerveux réagissent en permanence à l’environnement, avant même que certaines expériences puissent être pensées, comprises ou mises en mots.

Face à une situation perçue comme menaçante, insécurisante ou émotionnellement trop intense, l’organisme peut mobiliser différentes réactions automatiques de protection. Ces réactions ne relèvent pas d’un choix conscient ; elles correspondent à des mécanismes d’adaptation destinés à préserver l’intégrité psychique et physique de la personne.

Certaines approches issues des neurosciences, comme la Théorie polyvagale*, ont mis en évidence l’importance du système nerveux autonome (SNA) dans la manière dont l’être humain perçoit la sécurité, le danger ou l’insécurité relationnelle.

Fonctionnement du SNA simplifié
Fonctionnement du SNA simplifié

L’expérience peut alors rester inscrite sous une forme plus brute, appelée mémoire traumatique. Le corps et le système nerveux continuent alors à réagir comme si le danger était toujours présent, même en l’absence de menace immédiate.

Cela peut se manifester par :

  • un état d’hypervigilance

  • des réactions émotionnelles intenses

  • une sensation d’insécurité persistante

  • des difficultés à apaiser les émotions ou les pensées

  • ou au contraire des formes de retrait, de figement ou de coupure émotionnelle

Ces réactions ne traduisent pas un manque de volonté ou de contrôle. Elles correspondent à des modes d’adaptation qui ont permis à la personne de faire face à certaines expériences et surtout de se protéger.

Lorsque certaines expériences dépassent les capacités de la personne à comprendre, mettre en sens et intégrer émotionnellement ce qu’elle est en train de vivre, le cerveau peut ne pas parvenir à apaiser la réaction émotionnelle déclenchée par l’événement.

Cela peut notamment se produire :

  • lorsque la personne ne dispose pas encore des ressources psychiques suffisantes pour élaborer ce qui se passe, comme chez l’enfant

  • lorsque l’événement survient de manière soudaine, imprévisible ou particulièrement intense

  • ou lorsque la situation est vécue comme débordante ou insécurisante

L’expérience peut alors rester inscrite sous une forme plus brute, appelée mémoire traumatique. Le corps et le système nerveux continuent alors à réagir comme si le danger était toujours présent, même en l’absence de menace immédiate.

Certaines approches issues des neurosciences ont montré que les expériences émotionnellement débordantes peuvent continuer à influencer :

  • les réactions du système nerveux

  • les émotions

  • les capacités de régulation

  • et la manière d’entrer en relation avec les autres

La psychanalyse contemporaine s’intéresse également à la manière dont certaines expériences peuvent rester actives dans le fonctionnement psychique lorsqu’elles n’ont pas pu être élaborées, pensées ou représentées.

Le travail proposé ne repose pas uniquement sur une compréhension intellectuelle des difficultés. La relation, les expériences émotionnelles vécues dans un cadre suffisamment stable et sécurisant, ainsi que le travail de mise en sens, participent progressivement à de nouvelles formes d’intégration psychique et émotionnelle.

Certaines recherches en neurosciences ont d’ailleurs mis en évidence que les expériences relationnelles et émotionnelles peuvent influencer durablement les modes de fonctionnement du cerveau et du système nerveux tout au long de la vie.

Le travail proposé vise alors progressivement à permettre :

  • une mise en sens de ces expériences

  • une meilleure compréhension des réactions qu’elles peuvent entraîner

  • une transformation plus apaisée des modes de fonctionnement qui se sont construits au fil de l’histoire

  • et une intégration plus stable dans le vécu de la personne

Corps entouré de main et de fils représentant le traumatisme psychique
Corps entouré de main et de fils représentant le traumatisme psychique
une pelote embrouillée qui s'enroule représentant la psychothérapie relationnelle
une pelote embrouillée qui s'enroule représentant la psychothérapie relationnelle

Certaines expériences ne disparaissent pas nécessairement une fois l’événement passé. Lorsqu’elles n’ont pas pu être suffisamment élaborées ou intégrées, elles peuvent continuer à influencer le fonctionnement psychique de manière plus discrète ou indirecte.

Cela peut se manifester par :

  • des répétitions relationnelles

  • des réactions émotionnelles qui semblent disproportionnées

  • certaines peurs persistantes

  • des blocages difficiles à comprendre

  • ou une tendance à revivre des situations similaires malgré soi

La psychanalyse s’intéresse depuis longtemps à la manière dont certaines expériences, émotions ou conflits peuvent rester actifs dans le fonctionnement psychique, parfois en dehors du champ de la conscience.

Les neurosciences, de leur côté, ont également mis en évidence l’existence de formes de mémoires implicites ou émotionnelles, capables d’influencer les réactions, les émotions et les comportements sans que la personne en ait toujours pleinement conscience.

Ces approches, bien qu’ayant des modèles théoriques différents, se rejoignent sur l’idée que certaines expériences continuent à agir bien au-delà de l’événement lui-même.

Le fonctionnement inconscient ne désigne pas uniquement des contenus “cachés”, mais aussi des manières de ressentir, de réagir, d’anticiper ou d’entrer en relation qui se sont progressivement construites au fil de l’histoire de la personne.

Certaines réactions peuvent alors devenir automatiques :

  • éviter certaines situations

  • se méfier du lien

  • rechercher inconsciemment des fonctionnements familiers

  • ou reproduire certaines positions relationnelles déjà vécues

Ces mécanismes ne sont généralement pas volontaires. Ils correspondent souvent à des modes d’adaptation psychiques et relationnels construits au fil des expériences.

Le travail proposé permet progressivement :

  • d’identifier ces répétitions

  • de comprendre ce qui se rejoue dans certaines situations

  • de mettre en lien les émotions, les expériences passées et le fonctionnement actuel

  • et d’ouvrir progressivement la possibilité de nouveaux positionnements psychiques et relationnels.

Mémoire, répétitions et fonctionnement inconscient

psychanalyse

La relation et son impact sur le fonctionnement psychique

L’être humain se construit et se développe dans la relation. Les premières expériences relationnelles participent progressivement à la manière dont la personne perçoit :

  • la sécurité

  • les émotions

  • les autres

  • et elle-même

Lorsque certaines relations ont été marquées par l’insécurité, l’imprévisibilité, la violence, le rejet ou l’absence de repères suffisamment stables, cela peut impacter durablement le fonctionnement émotionnel, relationnel et psychique.

Certaines personnes peuvent alors développer :

  • une difficulté à faire confiance

  • une peur du rejet ou de l’abandon

  • un besoin important de contrôle ou d’anticipation

  • une hypervigilance dans les relations

  • ou au contraire des formes de retrait et de protection émotionnelle

Les recherches contemporaines, notamment dans le champ de l’attachement, des neurosciences affectives et de la régulation émotionnelle, montrent que les expériences relationnelles influencent le développement du système nerveux, les capacités d’apaisement émotionnel et les modes de fonctionnement psychique.

La relation ne constitue donc pas uniquement un contexte autour du travail proposé ; elle participe pleinement aux processus de compréhension, d’intégration et de transformation psychique.

Dans une approche de psychothérapie relationnelle, la relation permet progressivement :

  • d’observer certains modes de fonctionnement relationnels

  • de repérer ce qui se rejoue dans le lien

  • de mieux comprendre certaines réactions émotionnelles ou défensives

  • de développer de nouveaux repères relationnels et émotionnels

Ce travail ne repose pas sur une relation personnelle au sens habituel, mais sur un cadre stable, contenant et pensé pour permettre l’exploration de ce qui se joue dans le rapport à soi et aux autres.

Certaines recherches montrent également que des expériences relationnelles suffisamment sécurisantes et ajustées peuvent favoriser une évolution des capacités de régulation émotionnelle, des réactions du système nerveux et de certains modes de fonctionnement construits au fil de l’histoire.

Psychanalyse contemporaine et compréhension du fonctionnement humain

La psychanalyse contemporaine ne se limite pas à une lecture figée ou uniquement centrée sur l’interprétation des symptômes. Elle s’intéresse à la complexité du fonctionnement humain dans ses dimensions :

  • psychiques

  • émotionnelles

  • relationnelles

  • corporelles

  • et inconscientes

Elle prend en compte la manière dont les expériences vécues, les relations, les émotions et l’histoire de la personne participent à la construction du fonctionnement psychique.

Les approches contemporaines ont également intégré l’importance :

  • du lien relationnel

  • des interactions précoces

  • de la régulation émotionnelle

  • du sentiment de sécurité

  • et des expériences corporelles et émotionnelles dans le développement psychique

La psychanalyse ne s’oppose donc pas nécessairement aux connaissances issues des neurosciences. Ces approches n’utilisent pas les mêmes modèles ni le même langage, mais elles peuvent parfois se rejoindre dans la compréhension de certains mécanismes humains.

Les neurosciences permettent notamment d’observer certains processus liés :

  • aux émotions

  • à la mémoire

  • aux réactions du système nerveux

  • ou encore à la plasticité cérébrale

La psychanalyse, quant à elle, s’intéresse davantage à :

  • l’expérience subjective

  • le vécu émotionnel

  • les conflits internes

  • les répétitions

  • le sens donné aux expériences

  • et la manière dont la personne construit son rapport à elle-même et aux autres

Ces approches offrent ainsi des éclairages complémentaires sur le fonctionnement psychique, sans réduire l’être humain à un simple fonctionnement biologique, comportemental ou intellectuel.

Dans cette perspective, les difficultés psychiques ne sont pas envisagées uniquement comme des symptômes à faire disparaître, mais comme l’expression d’une histoire, d’expériences vécues, de mécanismes d’adaptation et de fonctionnements qui ont progressivement pris sens dans le parcours de la personne.

dés représentant la relation humaine
dés représentant la relation humaine

Un travail de mise en sens et de transformation

Le travail proposé ne consiste pas uniquement à comprendre intellectuellement certaines difficultés, ni à faire disparaître rapidement des symptômes ou des réactions émotionnelles.

Il vise progressivement à permettre une mise en sens des expériences vécues, des émotions, des répétitions et des modes de fonctionnement qui se sont construits au fil de l’histoire de la personne.

Ce processus passe notamment par :

  • la parole

  • la relation

  • l’élaboration psychique

  • la compréhension des émotions

  • l’exploration de certains mécanismes inconscients

  • et l’identification de ce qui se rejoue dans le présent

Au fil du travail, certaines expériences peuvent progressivement devenir :

  • plus pensables

  • plus représentables

  • moins envahissantes émotionnellement

  • et davantage intégrées dans l’histoire de la personne

La relation, lorsqu’elle s’inscrit dans un cadre suffisamment stable et sécurisant, peut également permettre l’émergence de nouvelles expériences émotionnelles et relationnelles.

Ces expériences participent progressivement à une évolution :

  • des capacités de régulation émotionnelle

  • du sentiment de sécurité intérieure

  • des modes de réaction

  • et de certains fonctionnements psychiques et relationnels construits au fil du temps

Ce travail ne suit pas une évolution linéaire ou standardisée. Il respecte la singularité, le rythme et les capacités d’élaboration propres à chaque personne.

L’objectif n’est pas de modifier ce que la personne est, mais de lui permettre de mieux comprendre son fonctionnement, de retrouver davantage de liberté intérieure et de développer des repères plus stables dans son rapport à elle-même, aux autres et au monde.

Comprendre sans réduire

Le fonctionnement humain ne peut être expliqué par une seule lecture du psychisme, du cerveau ou des émotions.

Les neurosciences et la psychanalyse proposent des approches différentes, mais complémentaires, pour comprendre la manière dont les expériences vécues influencent :

  • les émotions

  • le corps

  • les relations

  • la pensée

  • et le fonctionnement psychique dans son ensemble

Les neurosciences permettent notamment d’observer certains mécanismes liés au système nerveux, aux émotions, à la mémoire ou à la plasticité cérébrale. La psychanalyse, quant à elle, s’intéresse davantage à l’expérience subjective, au vécu émotionnel, à l’inconscient, aux répétitions et à la manière dont chacun construit son rapport à lui-même et aux autres.

Ces approches rappellent toutes deux que les difficultés psychiques ne relèvent ni d’un manque de volonté, ni d’un simple défaut de raisonnement. Elles s’inscrivent souvent dans une histoire, des expériences relationnelles, émotionnelles et corporelles qui ont progressivement façonné certains modes de fonctionnement.

Comprendre ces mécanismes permet parfois de porter un regard plus nuancé et plus apaisé sur soi-même, ses réactions et son parcours.

Références

Neurosciences, émotions et système nerveux

  • Stephen Porges (psychologue et neuroscientifique) — travaux sur le système nerveux autonome et la sécurité relationnelle

  • Antonio Damasio (neurologue et neuroscientifique) — travaux sur les émotions, le corps et la conscience

  • Bessel van der Kolk (psychiatre, chercheur et enseignant) — recherches sur le traumatisme et ses impacts psychiques et corporels

  • Joseph LeDoux (neuroscientifique) — recherches sur les émotions et les réactions de peur

Attachement, relation et développement psychique

  • John Bowlby (psychologue, psychiatre et psychanalyste) — théorie de l’attachement et développement relationnel

  • Daniel Siegel (psychiatre et professeur) — travaux sur l’intégration, les relations et le développement du cerveau

  • Allan Schore (psychologue clinicien, neurobiologiste et psychanalyste) — recherches sur les interactions précoces et la régulation affective

Psychanalyse contemporaine et articulation avec les neurosciences

  • François Ansermet (psychiatre, psychanalyste et professeur honoraire) & Pierre Magistretti (médecin, neurobiologiste et professeur) — travaux sur la plasticité cérébrale et le fonctionnement psychique

  • Lionel Naccache (neurologue, chercheur) — recherches sur la conscience, l’inconscient et les neurosciences cognitives

  • Mark Solms (neuropsychologue et psychanalyste) — articulation entre neurosciences et psychanalyse

Relation thérapeutique et psychothérapie relationnelle

  • Irvin Yalom (psychiatre, psychothérapeute) — travaux sur la relation dans l’accompagnement psychique

  • Carl Rogers (psychologue) — importance du cadre relationnel et de l’écoute

  • Daniel Stern (psychiatre et psychanalyste) — recherches sur les interactions précoces et la construction du psychisme

Pour aller plus loin :

Comment le travail du rêve s’intègre dans ma pratique

Modalités, rythme et conditions

Parcours professionnel

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deux têtes qui s'opposent avec un lien entre les deux pour symboliser la psychothérapie
deux têtes qui s'opposent avec un lien entre les deux pour symboliser la psychothérapie

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