Et si le plus grand manipulateur de votre vie… était votre propre cerveau ?

Vous est-il déjà arrivé d'être persuadé d'une chose... avant de réaliser que vous vous étiez complètement trompé.e ? Rassurez-vous, vous n'êtes pas seul.e. Votre cerveau adore écrire des scénarios et, parfois, il est si convaincant que vous finissez par les prendre pour la réalité. Dans cet article, je vous invite à découvrir, avec une pointe d'humour, pourquoi votre plus grand manipulateur porte peut-être votre prénom.

RELATION À SOI ET AUX AUTRESCOMPRENDRE LE FONCTIONNEMENT PSYCHIQUE

Céline Naud

7/30/20267 min lire

Les manipulateurs ont le vent en poupe. Il suffit d'ouvrir un magazine, de parcourir les réseaux sociaux ou d'écouter quelques podcasts pour tomber sur un sujet consacré aux pervers narcissiques, aux personnes toxiques ou aux différentes formes de manipulation. On nous explique comment les repérer, les démasquer et surtout… comment s'en protéger. À croire que nous sommes entourés de manipulateurs à chaque coin de rue.

Et si, pendant que vous inspectez attentivement votre entourage, vous oubliiez le plus redoutable d'entre eux ? Celui qui ne vous quitte jamais. Celui qui commente chacune de vos journées, interprète les regards, imagine les intentions des autres, anticipe les catastrophes, réécrit parfois le passé et prédit l'avenir avec une assurance déconcertante : votre cerveau.

Rassurez-vous, il ne cherche pas à vous nuire. Il est même persuadé d'agir pour votre bien. Mais il possède un talent remarquable : il raconte des histoires avec un tel aplomb qu'il finit par vous convaincre qu'elles sont la réalité. Et c'est précisément là que réside toute sa force. Car le cerveau est un excellent scénariste. Le problème n'est pas qu'il écrive des scénarios, le problème, c'est que nous oublions bien souvent que nous sommes en train de regarder un film.

Cette personne vient de tourner la tête "Elle a évité mon regard, elle a quelque chose à se repprocher, j'avais raison. » Elle n'a pas ri à votre plaisanterie ?« C'est bien ce que je pensais. » Elle est partie discuter avec quelqu'un d'autre ? « Voilà, je suis exclu. »

Et....coupez ! On la garde, elle est parfaite !

Étrangement, votre cerveau oublie de relever tout le reste. La personne qui vous a souri en arrivant. Celle qui vous a demandé comment vous alliez. Ou encore celle qui était simplement préoccupée par ses problèmes personnels.

Pourquoi ? Parce qu'un bon scénariste ne met en lumière que les scènes qui servent son histoire. Et votre cerveau est un scénariste particulièrement talentueux.

Le meilleur scénariste que vous avez engagé sans le savoir

Posons-nous une question qui dérange un peu : et si une bonne partie de vos certitudes n'étaient que des histoires bien ficelées, construites pour vous rassurer plutôt que pour vous informer ?

Le cerveau humain fonctione pour survivre et fonctionner vite, avec le moins d'effort cognitif possible. Résultat : il adore les raccourcis (les fameux biais cognitifs), les généralisations, et surtout... les récits qui confirment ce qu'il pense déjà savoir. C'est confortable. C'est rassurant. Et c'est souvent complètement à côté de la réalité.

Alors, la prochaine fois que vous serez absolument certain que "de toute façon, ça finit toujours pareil" ou que "il/elle pense forcément ça de moi" — demandez-vous : est-ce un fait, ou un roman que je suis en train de m'écrire ?

Pourquoi préfère-t-on parfois la fiction à la réalité

Installez-vous confortablement dans votre fauteuil. Je vais vous raconter une histoire. Moteur.....action !

Vous arrivez dans votre salle de repos. Quelques collègues discutent dans un coin. Elles semblent absorbées par leur conversation. L'une des personnes lève les yeux et vous regarde quelques secondes. Puis les échanges reprennent.

À cet instant, il ne s'est encore rien passé. Enfin… dans la réalité. Parce que dans la tête de votre cerveau, nous sommes déjà au troisième acte.

Il y a simplement un regard. Un fait. Rien de plus. Mais votre cerveau, lui, vient d'ouvrir son ordinateur. Le scénario s'écrit à une vitesse impressionnante.

"Ils parlent de moi...", "Je suis sûr que je les dérange.", "Ils ne m'apprécient pas.", "J'aurais mieux fait de ne pas venir."

En quelques secondes, les personnages sont créés, les intentions sont attribuées, les dialogues sont écrits... et le film est déjà lancé. Le plus fascinant, c'est que votre cerveau ne s'arrête pas là. Maintenant qu'il a écrit son scénario, il part à la recherche de preuves.

Quand les lumières du cinéma se rallument et nous laisse voir les faits réels

Nous avons tous connu ce moment étrange où, soudain, le brouillard se dissipe. Nous regardons une relation, une situation, une habitude ou une décision qui nous faisait souffrir depuis des semaines, parfois des mois, et une question surgit presque malgré nous :

« Mais... qu'est-ce que je suis en train de faire ? »

En quelques secondes, une autre lecture de la situation s'impose. C'est comme si quelqu'un rallumait les lumières dans la salle de cinéma. Le film continue d'être projeté, mais vous cessez de vous laisser emporter par l'histoire. Vous reprenez votre place de spectateur. Que s'est-il passé ?

Pendant tout ce temps, votre cerveau n'a jamais cessé de traiter les informations. Bien au contraire. Il observe, compare, fait des liens, assemble des éléments dont vous n'avez pas toujours conscience. Puis, parfois, tout s'aligne. Ce qui était encore flou devient soudain évident. Ce n'est pas une nouvelle réalité qui apparaît, c'est une réalité que vous ne parveniez pas encore à voir.

Ce n'est sans doute pas un hasard si ces prises de conscience surviennent souvent dans des moments où l'esprit ralentit : après une bonne nuit de sommeil, au cours d'une promenade, pendant les vacances, sous la douche ou simplement dans le silence. Lorsque nous cessons d'être absorbés par le rythme du quotidien, nous laissons davantage de place à notre cerveau pour mettre de l'ordre dans les informations qu'il traite en permanence. C'est aussi pour cette raison que les temps de pause sont si précieux. Ils nous permettent de sortir du film quelques instants et de revenir aux faits.

La bonne nouvelle ?

Il n'est pas nécessaire d'attendre que la vie nous secoue pour retrouver de la clarté. Nous pouvons apprendre à provoquer ces moments de recul, volontairement, avant que le scénario ne prenne toute la place.

Alors, comment sortir du film ? En commençant par accepter qu'il s'agit… d'un film. Non, cela ne signifie pas que toutes nos pensées sont fausses. Elles sont souvent précieuses et nous aident à comprendre le monde qui nous entoure. En revanche, elles ne reflètent pas toujours fidèlement la réalité. Elles en proposent une interprétation. Et c'est toute la différence.

Lorsque vous sentez une émotion monter, qu'un scénario s'emballe ou qu'une certitude s'installe un peu trop rapidement, accordez-vous quelques secondes. Appuyez sur « pause ».

  • Fermez les yeux. Inspirez profondément. Sentez l'air entrer dans votre corps, votre ventre se soulever, puis l'air ressortir lentement. En ramenant votre attention sur votre respiration, vous revenez progressivement à ce qui est réellement présent, ici et maintenant.

  • Puis posez-vous cette simple question : « Qu'est-ce que je sais avec certitude... et qu'est-ce que mon cerveau est en train d'ajouter à l'histoire ? »

À cet instant, vous ne demandez pas à votre cerveau d'arrêter d'écrire. Vous lui demandez simplement de vous montrer son brouillon avant la sortie du film. Et cela change tout. Le but n'est pas de faire taire son cerveau. C'est impossible... et heureusement. Son rôle est de réfléchir, d'anticiper, d'imaginer et de donner du sens à ce que nous vivons.

En revanche, nous pouvons lui apprendre à mieux utiliser les informations qu'il reçoit. À distinguer davantage les faits des interprétations, à la manière d'un détective qui se baserait uniquement sur des faits indiscutables pour conclure. À ralentir son raisonnement. À accepter de dire parfois : « Je ne sais pas encore. ».   À questionner les personnes pour combler les blancs de notre histoire. 

Notre cerveau est capable d'apprendre tout au long de notre vie. Plus nous prenons l'habitude de questionner nos scénarios, plus il affine sa manière d'interpréter le monde.

Votre cerveau continue toujours d'écrire des scénarios. En revanche, vous pouvez choisir de ne plus lui confier exclusivement la réalisation. Après tout, un excellent scénariste est capable d'écrire des chefs-d'œuvre... mais aussi quelques films de série Z... À vous de décider quels scénarios méritent une standing ovation... et lesquels gagneraient à rester dans les cartons.

Passer de scénariste à réalisateur : l'art d'observer

Voici une question à emporter avec vous, sans obligation d'y répondre tout de suite : quelle histoire êtes-vous en train de vous raconter, là, maintenant, sur votre vie, votre couple, votre travail, ou vous-même ? Et si vous preniez trente secondes pour vérifier si elle tient vraiment la route ?

Votre cerveau n'est pas votre ennemi - il fait simplement son travail, parfois avec un peu trop de zèle romanesque. Mais rien ne vous empêche, de temps en temps, de refermer le livre qu'il vous écrit sans votre accord, et de regarder, juste un instant, ce qu'il y a vraiment devant vous.

Clap de fin

Céline Naud - Psychanalyste

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