

C’est ce que ma fille m’a lancé un jour avec humour, en constatant que mon cerveau ne semblait plus aussi performant qu’avant.
Pendant longtemps, j’avais eu l’impression de pouvoir tout gérer simultanément. Je savais où étaient les choses, ce qu’il fallait faire, quand il fallait le faire, et je passais d’une tâche à l’autre avec une facilité presque automatique.
Et puis un jour, j’ai commencé à oublier.
Je ne retrouvais plus certains objets. Je récupérais moins vite après certaines journées. Mon corps aussi commençait à m’envoyer quelques messages de moins en moins discrets.
Dormir peu, sauter un repas, accumuler les obligations ou fonctionner constamment sous pression semblaient soudain avoir un coût.
Non pas que je sois devenue incapable, mais j’ai compris que ce qui autrefois fonctionnait presque “tout seul” demandait désormais davantage de soin, d’attention et d’entretien. Comme si mon corps avait cessé de négocier avec mon mental.
Et finalement, je crois que nous sommes nombreux à traverser ce moment étrange où le psychisme continue à se sentir jeune… pendant que le corps commence, lui, à nous rappeler doucement que nous n’avons plus vingt ans.
Un constat que je retrouve régulièrement chez les personnes que j’accompagne.
Quand le corps cesse de tout compenser
Pendant longtemps, beaucoup d’entre nous vivent avec l’impression que le corps suivra toujours. Nous tirons sur la corde, nous repoussons nos limites, nous accumulons les obligations, le manque de sommeil, le stress ou les repas pris rapidement entre deux contraintes, sans conséquences apparentes.
Lorsque l’on est plus jeune, le corps compense énormément. Il récupère vite. Il encaisse. Nous pouvons parfois mal le traiter pendant des années tout en continuant à fonctionner “normalement”. Certains arrivent même à croire que cela ne les atteint pas.
Et puis, progressivement, quelque chose change.
La récupération devient plus lente. Certaines douleurs apparaissent. Le sommeil devient plus fragile. Le cerveau semble saturer plus rapidement. Là où nous pouvions autrefois tout gérer simultanément, nous découvrons que notre attention, notre énergie ou notre concentration ne sont plus aussi inépuisables qu’avant.
Ce moment est souvent perturbant parce qu’il vient heurter l’image que nous avions de nous-mêmes. Beaucoup vivent cela comme une injustice, un échec ou une perte de capacités, alors qu’il s’agit aussi d’un changement de fonctionnement auquel il devient nécessaire de s’adapter.
Car le problème n’est pas toujours que notre corps ne soit plus capable. Bien souvent, il nous demande simplement autre chose.
Davantage de récupération.
Davantage de qualité de sommeil.
Une alimentation plus adaptée.
Moins de surcharge permanente.
Un rythme de vie plus respectueux de nos limites réelles.
Une préparation physique et cognitive pour continuer à faire certaines choses.
Nous vivons pourtant dans une société qui valorise l’endurance, la rapidité et la capacité à tout gérer sans jamais ralentir. Alors beaucoup continuent à fonctionner comme avant, jusqu’à ce que le corps finisse par imposer lui-même un ralentissement.
Comme si, après des années de négociation silencieuse, il décidait finalement de reprendre la parole.

Le décalage entre le psychisme et le corps
Quand certaines transformations restent invisibles
Alors beaucoup continuent à se juger durement.
Ils pensent manquer de volonté, être devenus moins compétents ou moins solides, alors qu’ils traversent parfois simplement une période de transition qui demande une adaptation différente du corps et du psychisme.
Petit à petit, un travail de compréhension peut alors se mettre en place.
Mettre du sens sur ce qui se passe permet souvent de diminuer la culpabilité. Non pas pour se résigner ou “baisser les bras”, mais pour apprendre à fonctionner autrement, avec davantage d’écoute de soi et moins de violence intérieure.
Car accepter certaines réalités ne signifie pas renoncer à vivre.
Cela peut au contraire permettre de vivre de manière plus ajustée, plus respectueuse de soi-même et finalement plus apaisée.

Quand la sexualité doit se réinventer
La sexualité aussi est traversée par ces transformations, même si le sujet reste encore difficile à aborder pour beaucoup de personnes.
Là encore, le problème n’est pas uniquement physique. Il vient souvent heurter l’image que nous avons de nous-mêmes, notre rapport au désir, à la séduction, à la performance ou encore à la spontanéité.
Lorsque l’on est plus jeune, le corps répond généralement plus rapidement. Il récupère vite, supporte davantage les excès, le stress, la fatigue ou le manque de sommeil. Beaucoup peuvent fonctionner dans une forme d’immédiateté où le désir semble presque aller de soi.
Et puis, avec le temps, quelque chose change.
Le corps devient plus sensible au contexte, à la qualité relationnelle, à la fatigue, au stress ou à la charge mentale. Certaines personnes découvrent qu’elles ne peuvent plus fonctionner dans la précipitation ou dans une sexualité déconnectée d’elles-mêmes.
J’ai d’ailleurs l’habitude de dire avec humour qu’à vingt ans, beaucoup peuvent se contenter d’une forme de “fast-food relationnel ou sexuel”. Le corps suit malgré les excès, les nuits trop courtes ou le rythme effréné du quotidien.
Mais lorsque l’on avance dans la vie, le corps réclame soudain du “quatre étoiles”.
Davantage de présence.
Davantage de sécurité.
Davantage de connexion.
Davantage de temps aussi.
Et finalement, ce n’est peut-être pas une mauvaise nouvelle.
Car cette transformation peut aussi amener certaines personnes à sortir d’une logique de performance pour aller vers quelque chose de plus authentique, plus relationnel et parfois même plus profond.
À condition toutefois d’accepter que la sexualité, elle aussi, évolue avec nous.
Car vouloir continuer à fonctionner exactement comme avant peut parfois devenir une manière de lutter contre le temps qui passe, plutôt qu’une véritable écoute de ses besoins réels.
Faire le deuil de certaines illusions
Le plus difficile n’est pas toujours de voir son corps changer. C’est parfois de devoir renoncer à l’image que nous avions de nous-mêmes.
Nous vivons dans une société qui valorise énormément la performance, la maîtrise, la jeunesse et la capacité à tout gérer sans faillir. Alors accepter certaines limites peut être vécu comme un échec, voire comme une perte de valeur personnelle.
Beaucoup continuent ainsi à vouloir fonctionner “comme avant”, au prix d’un épuisement important. Ralentir devient culpabilisant. Se ménager donne parfois l’impression de devenir faible. Comme si prendre soin de soi revenait à renoncer à une partie de soi-même.
Et pourtant, il arrive un moment où le principe de réalité finit par s’imposer.
Nous ne pouvons pas éternellement vivre contre notre corps.
Accepter cela demande souvent un véritable travail psychique. Il faut parfois faire le deuil de certaines capacités, de certains rythmes ou de l’illusion que nous pourrions rester identiques toute notre vie.
Mais ce renoncement n’est pas forcément une défaite.
Il peut aussi devenir le début d’une relation plus apaisée à soi-même.

Et si le temps nous rendait aussi plus libres ?
Prendre de l’âge, c’est aussi prendre conscience que notre temps n’est pas infini. Et si cette réalité peut parfois être vertigineuse, elle peut également devenir profondément libératrice.
À mesure que certaines illusions tombent, beaucoup commencent à moins vivre pour répondre aux attentes des autres et davantage pour elles-mêmes. Le regard extérieur perd un peu de son pouvoir. Certaines obligations deviennent moins importantes. Des loyautés anciennes ou des interdits que l’on n’arrivait pas à lâcher jusque-là commencent parfois à s’assouplir.
Comme si le corps, en nous rappelant nos limites, nous obligeait finalement à nous demander ce qui compte réellement.
Qu’ai-je encore envie de vivre ?
Qu’est-ce qui a du sens pour moi ?
Qu’est-ce que je continue à faire uniquement pour correspondre, rassurer ou être à la hauteur ?
Paradoxalement, plus nous acceptons certaines limites, plus nous pouvons devenir libres.
Libres de ralentir.
Libres de choisir davantage.
Libres d’écouter notre corps plutôt que de lutter constamment contre lui.
Libres aussi de cesser progressivement de vouloir être parfaits.
Car finalement, peut-être que le plus difficile n’est pas tant de voir le temps passer… mais d’accepter que nous ayons le droit d’être simplement humains.
Céline Naud - Psychanalyste
celinenaudpsychanalyste@gmail.com
+33 7 80 45 28 53
© COPYRIGHT 2020 – Tous Droits Réservés – Céline Naud Psychanalyste - Psychology Today
86, allée des Vignerons
83340 Cabasse - Cœur du Var
A proximité de Brignoles et Le Luc-en-Provence
Accompagnement en ligne par Zoom
Psychanalyse contemporaine et psychothérapie relationnelle









