On entend souvent dire que, pour aller mieux, « tout commence par un déclic intérieur ».
Comme si, à un moment donné, quelque chose devait soudainement s’éclairer, se mettre en mouvement, se décider. Comme si le changement psychique relevait d’un acte volontaire, conscient, presque instantané.
Cette idée est non seulement inexacte, mais elle peut aussi être profondément culpabilisante pour celles et ceux qui traversent des périodes de grande souffrance psychique.
Car non, le changement ne se fait pas par un déclic.
Il se fait lentement. Progressivement. Par petits pas. Un après l’autre.
Le désir de s'en sortir pour soi peut être totalement absent
Il arrive que certaines phrases, pourtant formulées avec de bonnes intentions, viennent heurter de plein fouet la réalité intérieure de la personne en souffrance.
"Si c’est ce que tu veux, alors tu peux compter sur moi." , "Si vous ne voulez pas vous en sortir alors vous n'y arriverez pas", "c'est en toi que tu trouvera l'énergie pour t'en sortir", etc.
Mais que se passe-t-il lorsque ce désir n’existe pas ?
Lorsque, intérieurement, il n’y a plus d’élan, plus d’envie, plus de projection possible vers soi-même ?
C’est une réalité psychique : lorsqu’une personne va très mal, elle n’a souvent plus accès à un désir pour elle-même. L’image d’elle est profondément altérée, le sentiment de valeur personnelle est effondré, et l’idée même de « faire pour soi » devient inaccessible.
Attendre d’elle qu’elle se mobilise à partir de son désir revient alors à méconnaître ce qu’elle traverse réellement.
S’accrocher à l’autre quand on ne peut plus se soutenir soi-même
Contrairement à une idée largement répandue, on ne se relève pas toujours pour soi.
Et cela n’a rien d’un échec.
Lorsque le psychisme est trop fragilisé, lorsque l’effondrement est trop profond, il devient impossible de s’appuyer sur soi-même. Le Moi est trop atteint pour assurer sa propre fonction de soutien.
Alors, on s’accroche à ce que l’on peut.
Je l’ai moi-même éprouvé.
Dans un moment de grande difficulté, je n’ai pas avancé pour moi. Cela m’était impossible. Je me suis accrochée pour mes enfants.
D’autres s’accrocheront pour un parent, pour un proche, pour un animal, pour une responsabilité, pour un engagement. Peu importe la forme que cela prend : il s’agit toujours de trouver, à l’extérieur de soi, un point d’appui lorsque l’intérieur fait défaut.
On ne tient pas parce que l’on s’aime suffisamment.
On tient parce que quelque chose ou quelqu'un, à l'extérieur de nous, nous fait tenir. Et c’est normal et profondément humain.

Le changement psychique est un processus lent
De l’autre à soi : un mouvement qui vient avec le temps
Ce n’est que progressivement, lorsque la souffrance s’apaise et que le psychisme retrouve un peu de stabilité, qu’un déplacement devient possible.
Alors, quelque chose peut commencer à se tourner vers soi.
Pas parce qu’on l’a décidé.
Pas parce qu’on s’est imposé de « le vouloir ».
Mais parce que l’on a retrouvé, peu à peu, suffisamment de ressources internes pour se soutenir.
Le « faire pour soi » n’est pas un préalable.
C’est une évolution. Parfois tardive. Parfois fragile. Mais réelle.


Déculpabiliser, enfin
Si vous vous reconnaissez dans ces mots, il est essentiel que vous puissiez entendre ceci :
Il n’y a rien d’anormal à ne pas savoir pourquoi vous continuez.
Il n’y a rien de honteux à tenir pour les autres.
Il n’y a rien de défaillant à ne pas ressentir de désir pour vous-même.
Vous faites avec ce qui vous est accessible aujourd’hui.
Et il arrive que cet appui se trouve, dans un premier temps, à l’extérieur de vous.
Retrouver un équilibre, dans sa vie comme en soi, ne relève pas d’un déclic.
Cela se construit pas à pas, dans le temps, et dans la relation.







